ROMANS

L’ARRACHE

éditions Delphine Montalant · 2014

larrache_couvertureVidéaste, photographe, peintre, Roseline Delacour signe là son troisième roman avec un style qui n’emprunte pas aux autres, un style parfois cru et coupant. Les paragraphes y sont autant de télex tombés du téléscripteur. En narrant la sortie de prison de son personnage, l’auteur ne s’épand pas, elle livre la juste dose avec cette sobriété insistante que l’on retrouve dans ses œuvres graphiques et vidéographiques.

« Inspirer tranquille, sentir l’air se faire et se défaire dans mes poumons, expulser au passage quelques toxines est un luxe qu’à chaque instant je dois mériter. Plonger dans la transparence me permet d’éviter les coups, qui, aléatoires, pleuvent. » C’est le jour de la sortie, l’oiseau est enfin libre, comme l’illustre celui de la couverture de ce roman qui pourrait être un récit.
Dans l’enfermement, «la grâce était venue le sauver », « cette grâce qui fait de l’homme un poème, cette grâce le révélant à la vie » cette grâce que Gabriel va retrouver « dans les yeux de Rosalie », de même qu’il récupère le « sens des béatitudes » après avoir interpellé dans la rue un curé de hasard.

Le mince ouvrage de Roseline Delacour retrace cette résurrection particulière pour un homme (qui pourrait être une femme) consistant à quitter une enceinte étroite, la prison, pour un parc aussi réglementé mais beaucoup plus grand, celui du monde « libre ». Philippe Bonnet

L’ATTRAPE NUAGE

Seuil · 2007

lattrapenuage_couverture« Je m’appelle Lucy et fus baptisée trois fois. La première fois de peur que je ne meure, la seconde dans les bras de ma mère pour la photo, la troisième avec les dragées, la pièce montée et les cadeaux. Mon enfance vole les petits sons qui se bousculent au bord de mes lèvres pour parfois tomber dans une syllabe, sans jamais parvenir jusqu’au mot.

Plus tard les bruits de la ville permettent à l’émotion d’exister, j’ai besoin de me retrouver dans le silence d’une conscience sans pensée. Maxence m’y rattrapera doucement pour me dire que le bleu du ciel n’existe pas, que c’est vrai les papillons volent bas, que les brumes matinales de la rosée se dissiperont bientôt en vapeur d’eau. Lorsque son bras, comme par inadvertance, frôle mon corps au devenir aérien.»

Lucy est un accident. Lucy n’a pas de père. Lucy se demande si ses désirs ne deviennent pas réalité. Lucy vit dans un drôle de monde. Pour les autres, elle est folle, nuisible, dangereuse. Alors elle part vivre sa vie, sa drôle de vie, peuplée de drôles de rencontres. Ce petit roman ne ressemble à rien. L’écriture est tour à tour hachée, fluide, et chaque page ou presque contient sa petite perle.

« Viens dans l’instant, dit-il en mettant sa main sur la mienne. À vouloir voler trop haut, tu passes à côté d’un petit miracle. »
Ne passez pas à côté de celui-là. SH

LOIN DE QUELQUE PART

éditions Delphine Montaland · 2004

loindequelquepart_couvertureConcerto en 7 mouvements

Roseline Delacour est peintre et photographe.Pour signer son premier livre, Loin de quelque part,  elle a choisi une forme singulière: sept textes qui tiennent de la saynète, du poème et de la nouvelle, une sorte de remix littéraire au service d’états de conscience flottants.
Que ressent un peintre en litige avec la toile blanche? Un SDF peut-il croire aux anges? Que se passe-t-il dans le cortex d’un accidenté en coma dépassé? Ces textes parlent de solitude et de nécessité, de la pesanteur et du besoin des autres. Mais ils existent surtout par un rythme, un art de la petite touche, un sentiment graphique: on a l’impression que l’auteur utilise la syntaxe à la façon d’une palette, en recherchant l’équivalent écrit d’un espace pictural. Comme dans certains dialogues de Nathalie Sarraute, l’espace est mesuré par des voix. Minimaliste et poignant, ce concerto en chambre a la beauté étrange d’un paysage de neige plongé dans la nuit. Marc Lambron

Amour qui se désagrège, peur d’aimer qui peut conduire à l’irréparable, rencontre miraculeuse, immensité du vide remplissant des existences qui cherchent à s’arracher des pesanteurs du réel… Pour son premier recueil, Roseline Delacour, photographe, joue des points de vue pour peindre une constellation de personnages à la dérive de leurs sentiments, tous reliés par le fil sensible d’une écriture fine et délicate, empreinte d’une mystérieuse poésie. Le Monde – 16 avril 2004